Lorsqu’on parle du terme « halal », ceux qui ne sont pas musulmans pensent que cela ne s’applique qu’à l’alimentaire. Encore une idée reçue, ou plutôt un manque d’information que je vais éclaircir de ce pas. Le terme « halal » désigne en réalité tout ce qui est autorisé par l’Islam. Il peut s’agir effectivement de règles alimentaires (on dira ainsi que le porc est « non halal »), mais ce terme peut s’appliquer à tout type de sujet. Ainsi, cela concerne aussi les crédits bancaires. Dans cet article, je vais vous expliquer ce qu’est précisément un crédit halal, les étapes pour en souscrire un, et pourquoi toutes les banques devraient s’y mettre !

    Étape #1 : Le concept de ribâ

    Pour comprendre l’existence et le fonctionnement du crédit halal, il faut tout d’abord comprendre ce qu’est le ribâ. Le terme ribâ est un mot (nom arabe masculin) issu du verbe « rabâ » et « arbâ » et qui signifie faire augmenter une chose à partir d’elle-même. Le ribâ est interdit par l’Islam. Mieux encore, c’est une des règles fondamentales de cette religion. Concrètement, l’argent est considéré comme un simple moyen d’échange et ne peut donc pas faire lui-même l’objet d’un contrat ou être utilisé seul pour faire des profits. En d’autres termes, si l’on ramène cela au crédit bancaire, la religion islamique interdit l’utilisation d’un crédit avec des intérêts. Un crédit sans intérêts, est-ce seulement possible ? Comment une banque peut-elle s’y retrouver ? C’est pourtant possible, et de plus en plus d’établissements financiers proposent ce type de crédit, la demande étant croissante.

    Étape #2 : Comment fonctionne un crédit halal ?

    En réalité, un crédit halal ne signifie pas nécessairement qu’il doit être sans intérêts. Un crédit avec intérêts peut tout à fait respecter les principes de la Chari’a, tout dépend bien sûr de la manière dont ils sont appliqués et inclus dans le contrat. Ces intérêts devront pour commencer être raisonnables, et profiter à tout le monde, ce qui signifie qu’ils devront être réinvestis dans l’économie réelle. Alors qu’au final, on ne sait jamais ce que fait notre banque traditionnelle avec nos intérêts, dans le cas d’un crédit halal, c’est tout l’inverse ! Ce réinvestissement peut se faire de différentes façons, tant qu’il ne s’agit pas d’un investissement virtuel comme en bourse par exemple. La banque pourra notamment réinvestir les intérêts versés par son client dans l’achat d’immeubles de bureau, ou même de fournitures ou mobiliers pour des montants moins élevés etc.

    Étape #3 : Le crédit halal sans intérêts

    Si un crédit peut être halal tout en ayant des intérêts, il existe également le crédit halal sans intérêts. Dans ce cas, la banque achète le bien à la place du client, qui de son côté rembourse cet achat grâce à des mensualités fixes définies à l’avance. La banque ne prélève alors aucun intérêt, mais une commission correspondant au service qu’elle rend à son client. Cette commission sera elle aussi fixe et non modifiable pendant toute la durée du crédit. À l’issu du remboursement de toutes les mensualités du crédit, l’emprunteur devient alors propriétaire légal du bien. Ce type de crédit sans intérêt se nomme la Mourabaha. Il existe également une variante de ce crédit, que l’on pourrait comparer à un crédit-bail, appelée l’Ijara. Cette variante consiste à louer un bien immobilier à votre banque pendant une durée déterminée à l’avance dans le contrat. À l’issu de ce contrat, la banque peut alors vous revendre le bien immobilier.

    Étape #4 : Le crédit halal est-il réservé aux musulmans ?

    Absolument pas ! Même si les règles qui régissent le crédit halal sont issues de la religion islamique, elles n’en restent pas moins, avant tout, des règles d’éthique. Un crédit qui soit le plus équitable possible, où la banque n’en tire pas un profit démesuré issu de l’argent qu’elle daigne bien vous prêter, mais simplement une commission calculée au juste prix du service rendu, n’est-ce pas le type de crédit dont, finalement, tout le monde rêve, quelle que soit votre religion ? Ces raisonnements appliqués au monde de la finance sont remplis de sagesse (ce qui dans le monde de la finance n’est pas courant !). Ainsi, même si les banques islamiques sont encore pour l’instant majoritairement fréquentées par des clients musulmans, elles ne leur sont pas exclusivement réservées. Vous pouvez souscrire un crédit islamique, quelle que soit votre religion, que vous soyez croyant ou non d’ailleurs.

    Étape #5 : À qui s’adresser ?

    Il existe encore assez peu de banques pratiquant ces crédits en France. Cependant, ce secteur est en plein développement en France et en Europe. En effet, non seulement la demande est grandissante, mais en plus, les banques européennes constatent (enfin !) que le succès de ce système est avant tout dû à son efficacité. Le crédit halal est plus sûr pour l’emprunteur mais aussi pour la banque. Les banques islamiques résistent incroyablement bien à la crise, qu’elles soient situées en Europe ou au Moyen-Orient. Et cette bonne santé est justement due à leur fonctionnement différent, loin du danger des subprimes, par exemple.

    Ainsi, il est déjà possible de trouver facilement une banque islamique en France. L’année dernière, la start-up Noorassur a ouvert sa première agence en France en Seine et Marne, et ne compte pas s’arrêter là, puisque ses dirigeants comptent ouvrir une vingtaine d’agences d’ici l’année prochaine, et une centaine d’ici 2017. En attendant, si vous n’habitez pas en Seine et Marne, vous pouvez les contacter par internet, car c’est sur le web qu’ils ont commencé leur activité. De l’épargne à la complémentaire santé, leur gamme de produits bancaires halals et de services est aussi large et diversifiée que celle d’une banque classique.

    Vous pouvez aussi faire appel à la banque Chaabi Bank, qui est une filiale de la BP du Maroc. Cette banque existe depuis 1972 et possède actuellement 19 agences en France, réparties sur tout le territoire.

    Enfin, il y a aussi Immo Easi, qui est spécialisé dans le financement de biens immobiliers, en adéquation à la foi avec les principes de la religion musulmane et les lois françaises. Concrètement, l’agence a tissé un partenariat avec une banque qui se porte acquéreur du bien et le revend avec sa marge, mais sans intérêts. Il est ainsi possible d’accéder à la propriété tout en respectant ses valeurs religieuses. Toutefois, tout comme dans le cadre d’un financement classique, il vous sera demandé de remplir les mêmes critères d’éligibilité, à savoir un taux d’endettement qui ne dépasse pas 33% et un apport d’au moins 15% de la valeur du bien. Il y aura aussi un passage devant le notaire pour l’acquisition du bien.

    Conclusion :

    Le crédit halal, et plus généralement le financement halal, existe depuis très longtemps mais commence tout juste, enfin, à réellement se faire connaître en France et en Europe. Ce marché et sa nouvelle (enfin…ancienne nouvelle) façon de concevoir la finance n’a qu’un seul avenir possible : le succès et le développement exponentiel ! Les clients demandeurs de ce type de crédit et qui attendent leur réel développement en France sont nombreux. Quant aux personnes qui ne sont pas de confession musulmane, elles peuvent elles aussi profiter d’un système basé sur des règles éthiques justes, équitables, qui profitent à tous. J’espère que ce système fera évoluer celui des banques classiques, qui est, quant à lui, voué à un échec certain qui sera sans doute très douloureux pour tout le monde.