On dit souvent que pour analyser le risque d’un portefeuille boursier, ou évaluer le risque d’un investissement qu’on souhaiterait y ajouter, il faut utiliser de nombreux calculs mathématiques complexes, des statistiques en tout genre, des indicateurs etc. Dans la pratique, c’est évidemment vrai. Tous les gestionnaires de patrimoine, les courtiers en bourse, les institutions etc. utilisent au quotidien toute sorte de calculs, indicateurs et autres outils pour évaluer les risques de leurs investissements ou de ceux de leurs clients, avec le plus de précision possible. Comment un investisseur débutant peut-il alors s’en sortir au milieu de tous ces chiffres ? Faut-il obligatoirement avoir effectué de longues études en finances, économie ou encore en mathématiques pour réussir à se constituer un portefeuille rentable et au risque maîtrisé ?

    La réponse est non, et nous verrons pourquoi au fil de cet article. De plus en plus d’investisseurs débutants réussissent en bourse. Certains font appels aux services d’un expert, certes, mais pas tous. D’autres parviennent très bien à se constituer un portefeuille rentable sur le long terme, avec une prise de risque calculée et en adéquation avec leurs objectifs financiers et leur stratégie. Ces investisseurs débutants qui réussissent par eux-mêmes à générer des revenus réguliers grâce à leur portefeuille boursier n’ont pas tous, loin de là, effectué de longues études en finance, et ne sont pas nécessairement dotés de la « bosse des maths ». Ils n’ont pas non plus commencé par perdre beaucoup d’argent pour apprendre à faire des investissements intelligents.

    Contrairement à l’adage qui dit que « c’est en se trompant qu’on apprend », en bourse, il est possible, même lorsqu’on débute, de faire dès le départ des choix judicieux. Alors comment peut-on, lorsqu’on débute en bourse, prendre tout de suite les bonnes décisions, en évaluant judicieusement les risques d’un investissement ? Malgré les nombreux calculs savants et autres indicateurs complexes utilisés au quotidien par les traders experts, vous allez voir que l’on peut prendre des décisions d’investissement tout aussi bonnes avec des raisonnements beaucoup plus simples, et des calculs plus que basiques.

    Les calculs mathématiques complexes sont inutiles

    En réalité, les calculs mathématiques complexes sont bien utiles aux institutions, dont la taille des transactions est beaucoup plus importante, et dont les transactions en elles-mêmes sur les marchés sont beaucoup plus complexes. Elles ont une marge de manœuvre plus étroite qu’un particulier et se doivent d’être beaucoup plus réactives et précises dans leurs prises de décisions, sous peine de perdre rapidement des sommes colossales. Ainsi, un particulier, à moins qu’il ait des millions d’euros à investir sur les marchés, n’aura pas besoin de ces calculs complexes. Au contraire, ces derniers pourraient même l’induire en erreur, car la grande majorité n’est pas adaptée à de petits investissements. Pour mieux comprendre, prenons l’un de ces calculs en exemple : La VaR, ou Valeur en Risque.

    La valeur en risque se présente sous la forme d’un graphique, et permet d’évaluer la pire perte possible que puisse subir un portefeuille boursier sur une période de temps donnée. Dans le cas d’un portefeuille boursier qui a été diversifié de façon standard en diversifiant les secteurs d’activités, les zones géographique et la répartition du capital, la courbe de la VaR donnera l’information suivante : Les événements entraînant une faible variation du portefeuille sont les plus fréquents, et les plus fortes variations sont les moins fréquentes, que ces dernières, dans les deux cas, soient positives ou négatives. Sans entrer justement dans les détails mathématiques complexes, une formule va ensuite permettre de calculer, grâce aux données de cette courbe, un résultat chiffré représentant la pire perte possible pouvant survenir sur un portefeuille boursier, donc d’en évaluer le risque maximal. Si la VaR remporte un franc succès auprès des institutions qui l’utilisent très souvent, elle comporte cependant deux grands défauts qui font qu’elle est loin d’être un outil d’évaluation miracle infaillible :

    • Un manque de fiabilité : La courbe « gaussienne » de la VaR revient à généraliser ce qu’il se passe sur le marché. Elle manque de précision, par définition, et en réalité les événements à forte variation ne sont pas si rares que cela. Si on parle de risque, c’est bien parce qu’il reste avant tout et malgré tout une part de hasard, qu’il n’est jamais possible de quantifier, même avec les outils mathématiques les plus complexes du monde. Il faut donc bien garder à l’esprit que la VaR, comme tout autre outil d’évaluation, n’est qu’approximatif, et que la prise de risque réelle sera toujours plus élevée que le chiffre donné par l’indicateur.
    • La courbe de la VaR prend en compte la volatilité du marché, en partant de l’hypothèse que cette volatilité est directement responsable du risque d’un portefeuille, ce qui en pratique est totalement faux.

    La VaR n’est qu’un exemple, bien sûr, mais cela illustre parfaitement la limite de ces calculs complexes, à qui beaucoup d’investisseurs donnent bien trop d’importance. Mais alors, comment faire pour évaluer le risque d’un portefeuille sans ces outils ?

    Gardez votre bon sens

    Vous allez peut-être être surpris, mais votre meilleur allié pour évaluer correctement le risque de votre portefeuille ou d’un investissement, c’est votre bon sens ! Le raisonnement nécessaire pour acheter des actifs boursiers n’est pas si éloigné que cela, contrairement à beaucoup d’idées reçues, du raisonnement que vous avez pour vos achats de la vie courante. Voici comment quelques règles que vous appliquez à vos achats de la vie courante (voiture, maison, etc.), qui sont pourtant eux aussi des investissements, peuvent vous permettre de prendre les bonnes décisions sur les marchés boursiers en toute simplicité, sans avoir recours à des calculs savants :

    • Lorsque vous achetez une voiture, par exemple, vous allez tenter de l’obtenir au prix le plus bas possible. Même si vous l’achetez neuve, vous chercherez à négocier son prix avec le concessionnaire (remise commerciale, reprise de votre ancien véhicule etc.). Pour les actions, le raisonnement est exactement le même. Chercher à acquérir des actifs sur les marchés financiers qui soient inférieurs à leur valeur intrinsèque est un excellent moyen de réduire votre prise de risque, mais aussi de la contrôler.
    • Rester en dehors des raisonnements complexes des experts boursiers et de leurs institutions vous aidera également à prendre de meilleures décisions, comme par exemple, de profiter du pic d’un crash boursier pour acheter des actions plutôt que de céder à la panique et de les vendre à perte.

    Si les outils d’analyse ne sont pas à exclure totalement, bien au contraire, choisissez ceux qui vous apportent réellement des informations concrètes et les plus précises possibles, tout en gardant à l’esprit que ces outils ne sont là qu’à titre indicatif, et ne doivent en aucun cas « décider à votre place ».

    Le ratio risque/rendement n’est pas toujours votre meilleur allié

    Le ratio risque/rendement est également beaucoup utilisé par les investisseurs, et largement surestimé. Ce dernier n’est pas complexe du tout d’un point de vue mathématique, puisqu’il consiste simplement à comparer le rendement d’un actif au risque qu’il engendre. Le problème est que beaucoup d’investisseurs, spécialement lorsqu’ils débutent, partent du principe, ou plutôt de l’idée reçue qui dit que plus un investissement est risqué, plus il rapporte de l’argent. Cette idée est fausse, ou du moins n’est pas systématiquement vraie. La volatilité élevée d’un actif n’est pas toujours synonyme d’un fort rendement. D’ailleurs, si tel était le cas, analyser les marchés boursiers serait beaucoup plus facile, vous ne croyez pas ? Là encore, le ratio risque/rendement n’est pas à bannir, mais simplement à le considérer pour ce qu’il est, à savoir un simple indicateur qu’il faut replacer dans un contexte d’analyse global, qui prend en compte d’autres variables et de nombreuses informations sur l’entreprise concernée, son secteur d’activité etc.

    Conclusion :

    Beaucoup d’investisseurs débutants pensent, à tort, qu’il leur faut oublier tout ce qu’ils savent et tout leur esprit logique, et tout réapprendre pour pouvoir aborder sereinement les marchés financiers. Cette idée est fausse, bien entendu. S’il faut effectivement acquérir certaines connaissances de base sur les marchés boursiers et leur fonctionnement, ou encore sur le fonctionnement spécifique d’une entreprise ou d’un secteur d’activité, il ne faut certainement pas oublier vos réflexes de consommateur. N’oubliez jamais la règle de base, selon laquelle tout le fonctionnement des marchés boursiers est basé : l’offre et la demande. L’offre évolue pour être toujours au plus près de la demande, et la demande est quant à elle basée sur les besoins des consommateurs. Ainsi, conserver vos raisonnements logiques de consommateur, ceux que vous appliquez à vos achats quotidiens, vous aideront beaucoup plus que vous ne le pensez à prendre de bonnes décisions aux bons moments. Quels sont les exemples les plus parlants et les plus connus d’investisseurs qui ont réussi et fait fortune ? Ceux qui justement sont parti de rien, en n’ayant aucun diplôme de finance, mathématique ou autre, et ce sont avant tout fiés à leur instinct de consommateur, comme par exemple le célèbre Warren Buffet, pour ne citer que lui.

      Voir aussi: Bourse