Peter Lynch fait partie de ces grands noms de la finance, mondialement connu, aux côtés d’autres stars du genre telles que Warren Buffet, pour ne citer que lui. Il n’est rien de moins que l’un des plus grands investisseurs du 21ème siècle. Gestionnaire du fonds Fidelity Magellan pendant de nombreuses années, il y a réalisé des performances hors du commun, avec un rendement annualisé de 29% ! Inutile de vous dire que Peter Lynch inspire encore aujourd’hui de nombreux investisseurs, et suscite leur admiration. Ces derniers cherchent à reproduire les stratégies de Lynch et les appliquer à leurs propres portefeuilles. Comment Peter Lynch est-il parvenu à de telles performances et une telle réussite ? Comment analyse-t-il les marchés boursiers ?

    Le parcours de Peter Lynch

    Peter Lynch est né en 1944 à Boston aux Etats-Unis. Il s’intéresse très jeune au monde de la finance, et décide de l’étudier à la Wharton Business School et à l‘Université de Pennsylvanie, dont il sortira diplômé en 1965. Dès l’année suivante, il décroche son premier « job » en tant qu’analyste financier chez Fidelity Investments. Après y avoir travaillé pendant quelques temps, il décide de s’engager dans l’armée, où il restera pendant deux ans. Après cette parenthèse militaire, Fidelity le réembauche, cette fois à plein temps, au poste de responsable des investissements dans les secteurs du textile, des métaux et des produits chimiques. Peter Lynch va rapidement gravir les échelons et deviendra directeur de recherche en 1974, puis prendra la tête du fonds d’investissement Magellan en 1977. Il a été à la tête du fonds Magellan pendant 13 ans. Pendant cette période, il a transformé un fonds de plusieurs millions de dollars d’actifs en un fond pesant plusieurs milliards de dollars.

    Devant ces résultats fulgurants qui parlent d’eux-mêmes, Peter Lynch décide alors de partager ses connaissances et ses méthodes avec le grand public en publiant plusieurs ouvrages qui sont depuis devenus des best-sellers. Malgré des marchés financiers en perpétuelle évolution, ses méthodes ne connaissent pas l’obsolescence et beaucoup d’investisseurs les utilisent encore aujourd’hui avec succès. Âgé aujourd’hui de 72 ans, Peter Lynch est maintenant vice-président de la société Fidelity Management & Research Co. Il est également conseiller en placements au sein de la firme. L’homme d’affaire également philanthrope consacre désormais beaucoup de temps à des œuvres caritatives.

    Parmi les méthodes utilisées par Peter Lynch au cours de sa carrière pour acheter les bonnes actions au bon moment sur les marchés boursiers, il y en a une qui « sort du lot », et qui reste d’ailleurs la plus connue parmi les investisseurs actuels. Voulant au départ proposer un indicateur permettant de détecter les meilleures opportunités sur les marchés financiers, Peter Lynch a finalement proposé une théorie. Il s’agit de la théorie du cocktail, qu’il a basé sur sa propre expérience, au cours de laquelle il a passé beaucoup de temps dans des cocktails et autres réceptions à écouter les gens parler des actions. Sa théorie paraît insolite, car basée sur l’écoute et l’analyse de conversations mondaines. Pourtant, le raisonnement est bien rôdé, et s’est avéré très efficace une fois appliqué aux marchés financiers. Voici cette théorie telle qu’énoncée par son auteur, qui se déroule en quatre phases.

    Première phase

    « Lors de la toute première phase d’un marché haussier, alors qu’il a baissé pendant une longue période et que personne ne s’attend à ce qu’il ne remonte, personne de parle d’actions dans les cocktails. Lorsque quelqu’un me demande ce que je fais comme métier dans la vie, et que je lui réponds que je gère un fonds d’investissement, j’obtiens alors deux réactions. Soit la personne s’en va, soit elle change immédiatement de sujet de conversation et opte pour un sujet plus léger tel que le sport ou la météo. Il ne se passe jamais beaucoup de temps avant que la personne n’interpelle un dentiste qui se trouve juste à côté de nous pour lui parler de plaque dentaire. Bref, tout est bon pour éviter de parler des marchés boursiers. Si un groupe de dix personnes préfèrent parler à un dentiste de leurs soucis de plaque dentaire plutôt que de parler d’investissement boursier avec un gestionnaire de fonds, il s’agit d’un premier signe que le marché va repartir à la hausse. »

    Comment faut-il interpréter cette première phase ? L’image du cocktail au sein duquel aucun invité ne souhaite parler de bourse indique que le marché est actuellement au plus bas, si bas que tout le monde craint d’y investir. Pour Peter Lynch, les mouvements des marchés étant cycliques, c’est un signe que le marché a atteint son plus bas et va donc forcément repartir à la hausse dans un futur proche.

    Seconde phase

    « Lorsqu’on se trouve dans la seconde phase, une fois que j’ai évoqué mon métier à mon groupe de discussion, certaines personnes sont plus disposées à me parler d’investissement que dans la première phase. La discussion dure plus longtemps, et ils évoquent même les risques des marchés boursiers. Cependant, ils se tournent ensuite une fois de plus vers le dentiste, et la discussion repart sur les caries et la plaque dentaire. Globalement, le sujet des investissements boursiers reste encore peu populaire au sein des invités du cocktail. Dans cette seconde phase, en fait, le marché a déjà progressé de 15%, mais très peu de gens l’ont remarqué et y prêtent attention. »

    Comment faut-il interpréter cette seconde phase ? C’est la phase où le marché amorce sa remontée, lentement mais sûrement. À ce stade, les gens sont encore marqués par la longue chute du marché qui a précédé, et leur confiance est encore trop ébranlée pour qu’ils soient enclins à remarquer une quelconque amélioration.

    Troisième phase

    « Au cours de cette troisième phase, le marché a déjà progressé de 30% par rapport à la phase 1. C’est alors que je suis d’un coup entouré par toute une foule de personnes qui souhaitent parler avec moi d’investissement et de gestion de fonds, ignorant alors le dentiste. Je suis sollicité de toute part car les gens me demandent à tour de rôle quelles actions ils doivent acheter. Même le dentiste s’y met. Les personnes autour de moi dans ce cocktail ont déjà toutes investi dans au moins une action et elles discutent entre elles des résultats. »

    Comment faut-il interpréter cette troisième phase ? C’est la phase de « croisière », où la progression du marché est régulière. Les investisseurs ont repris confiance, jusqu’à oublier leurs craintes récentes suite à la longue baisse du marché. Ils investissent à tour de bras, chacun y allant de sa stratégie, mais vu que la santé du marché est bonne et que tout est haussier, tout le monde y gagne.

    Quatrième phase

    « Dans cette quatrième et dernière phase, je suis toujours aussi bien entouré. Seulement la foule, au lieu de me demander quelles actions acheter, se met à me dire quelles actions acheter. Tout le monde a des conseils d’investissement à me donner, y compris le dentiste. Lorsque je vérifie plus tard leurs recommandations, je m’aperçois qu’elles sont effectivement toutes gagnantes. Si même mes voisins se mettent à me donner des conseils en investissements boursiers, c’est alors là que se trouve le signe certain que le marché a atteint le sommet de sa hausse et s’apprête à s’effondrer. »

    Comment faut-il interpréter cette quatrième phase ? Ici, on constate que le marché est en hausse depuis longtemps déjà. Les investisseurs, débutants comme confirmés, sont en totale confiance et sont d’un coup tous devenus des experts en investissement. Il est évidemment plus facile de faire de bons choix dans un contexte favorable où tout est dans le vert. C’est quand tout  se déroule « trop bien » et depuis trop longtemps qu’il faut alors se méfier. Les marchés financiers ne gardent jamais longtemps une position aussi élevée, et une hausse n’est jamais éternelle. Deux avenirs possibles se profilent alors : Soit le marché va effectuer une correction pour retrouver un certain équilibre, soit il va s’effondrer. Il s’agit là d’un premier signe qu’il est temps de vendre ses positions.

    Conclusion :

    Cette théorie est assez éloignée de celles que l’on a l’habitude de voir dans le monde de l’investissement boursier, du moins dans son « style ». C’est une théorie basée sur une expérience de vie, à l’explication très imagée, et c’est probablement justement pour cela qu’elle a largement fait ses preuves, qu’elle a contribué à la réussite de Peter Lynch, et qu’elle est encore aujourd’hui mondialement connue. Elle prend en compte le facteur humain, qui a une influence très forte sur l’évolution des marchés, puisque ce sont des décisions humaines qui sont à la base de tout ce qu’il s’y passe. Beaucoup d’investisseurs ont tendance à occulter le facteur humain dans leur analyse et leur stratégie, au profit des sciences économiques et des analyses purement mathématiques. Libre à vous, bien sûr, d’y adhérer ou non, et de l’utiliser ou non. Elle a néanmoins déjà inspiré de nombreux investisseurs pour élaborer, avec succès, leur stratégie d’investissement et de gestion de leur portefeuille.

      Voir aussi: Bourse