Depuis quelques années, les investisseurs qui misent sur les marchandises avaient délaissé le traditionnel pétrole pour les métaux. Avec de bonnes raisons : le fameux “or noir” ne méritait plus vraiment son nom, et le repli vers son cousin jaune était inévitable. L’effondrement du cours du baril en 2014 a causé des grosses pertes, parfois des banqueroutes, et son canal de progression ne semblait pas s’orienter vers des hauteurs qui l’auraient rendu attractif pour les investisseurs. Depuis deux ans, le baril peinait à revenir même aux 50 dollars qui auraient rendus les investissements possible. Les querelles internes au sein de l’OPEP (Organisation de pays producteurs de pétrole) avaient conduit les pays membres à puiser dans leurs ressources chacun de leur côté, créant non seulement une baisse des cours au vu de l’augmentation du marché, mais allant jusqu’à une saturation de la demande qui a immobilisé les prix. 2017 pourrait bien être l’année du changement pour le pétrole, nous allons ici en voir les raisons.

    Raison #1 : Drainage des stocks

    Nous n’en sommes pas encore à l’épuisement, mais l’OPEP a récemment mis de côté ses dissensions internes pour se focaliser sur une consolidation des prix du pétrole. L’Arabie Saoudite avait lancé la danse, inondant les marché de pétrole et pompant dans ses ressources bien au-delà de ce que les accords prévoyaient, quitte à ce que les prix du baril chutent. Elle espérait ainsi mettre ses concurrents au pied du mur, mais cette politique a fini par se retourner contre la pétromonarchie : sa propre économie s’est retrouvé menacée du fait de cette politique agressive. Il lui a fallu redresser la tir et cela à conduit à des accords historiques an 2016 de la part des pays producteurs de pétrole, au sein de l’OPEP et au-delà, puisque la Russie y a aussi participé : ils se sont mis d’accord pour réduire drastiquement leur production : 1,2 millions de barils en moins par jour, pour l’ensemble des pays membres ; ajoutons à cela la négociation d’une baisse similaire de la production de pays producteurs de pétrole mais non membre de l’OPEP, qui se situ pour eux à 558.000 barils en moins par jour.

    Cette mesure devrait graduellement ramener les stocks de pétrole, notamment des pays consommateurs, à des niveaux plus raisonnables qu’ils ne l’ont été ces dernières années, niveaux qui devraient permettre de mettre le prix du baril sur la bonne voie en forçant davantage l’échange. En l’état, le plan de l’OPEP devrait réduire de 46% le surplus estimé de 300 millions de barils au cours des 6 prochains mois.

    Raison #2 : Normalisation de l’économie mondiale

    Cette crise qui n’en finissait pas est peut-être bien sur le point de se clore. Nous sommes certes loin d’un nouvel âge d’or, mais la situation économique globale s’est au moins normalisée, ce qui est le premier pas vers une reprise possible.

    La Chine par exemple, un des moteurs de l’économie mondiale, est sortie de la déflation. Elle n’est pas la seule parmi les acteurs économiques à l’avoir fait, mais son entreprise continue de permettre aux habitants de calquer leur style de vie sur le mode occidental, avec la consommation de pétrole que cela implique, auquel s’ajoute ses besoins industriels en augmentation constante, va participer à tirer le prix du baril vers le haut.

    La croissance au niveau global n’est pas élevée, mais elle existe : et avec elle, une reprise de confiance de la part des entrepreneurs qui va participer à augmenter les besoins en pétrole. Il n’est pas impossible que le drainage des surplus se passe plus vite que prévu, au autre facteur qui permettra la hausse du prix du baril.

    Raison #3 : Une embellie à court terme

    Il reste à savoir si les pays de l’OPEP appliqueront les termes de l’accord dans toute leur étendue, mais même dans le cas d’une réduction moins drastique que prévue, la situation a de bonnes chances de s’améliorer en 2017 : le marché s’était stabilisé de lui-même. Le surplus des stocks a en effet entraîné une baisse de 3,3% de la production mondiale de pétrole, alors que la demande elle continue de grimper. Il est douteux qu’elle cesse de le faire en 2017, le drainage des surplus devrait donc se produire de lui-même, quoique bien plus lentement que sans l’intervention de l’OPEP ; ce nouvel équilibre de l’offre et de la demande va mécaniquement créer un canal de progression à la hausse, favorable aux investissements, en 2017.

    La Russie, qui ne fait pas partie de l’OPEP mais a participé aux négociations en tant que pays producteur de pétrole, a annoncé la création d’une commission de contrôle, dont elle fera partie avec entre autres le Koweït ; cette commission devra s’assurer que les différents pays respectent bien les termes de l’accord. De son côté, l’Arabie Saoudite, responsable de la chute des prix dans sa politique de mettre à mal ses concurrents, a annoncé qu’elle réduirait sa production de pétrole au-delà de ce que le traité prévoit, afin d’accélérer l’écoulement des surplus. Il semble donc qu’à court terme au moins, le traité sera effectif, ce qui suffira à impacter à la hausse les cours du pétrole cette année.

    Raison #4 : Des entreprises en meilleure santé

    De nombreuses entreprises avaient misé sur un baril cotant à trois chiffres pour faire leur chiffre d’affaire : la chute des cours a été très douloureuse, parfois fatale, mais celles qui ont survécu se sont réajustées en prenant en compte qu’à moyen terme, il fallait compter avec un baril autour des 50 dollars. Suivant le même mouvement que l’économie globale, leur adaptation à la nouvelle conjecture et au nouvel équilibre marque le signe d’une reprise dont il faudra profiter en s’y plaçant à temps. Elles sont non seulement en meilleure santé interne, ce qui peut justifier en soi un réinvestissement, mais en plus sont bien placées pour profiter autant que possible des prix qui s’annoncent pour 2017.

    La hausse devrait profiter notamment aux producteurs de schiste aux États-Unis : si le pétrole saoudien est rentable à partir de 10 dollars le baril, ce qui explique la politique agressive initiée puis corrigée par ce pays, le pétrole issu des schistes, plus coûteux à extraire, a besoin d’un baril à 50 dollars pour être rentable, 80 dollars pour être réellement profitable.

    Raison #5 : Des projections favorables

    Le surplus est indéniable, mais il n’est pas immense : compte tenu de la hausse régulière de la demande, qui devrait se poursuivre au vu de la reprise économique globale, et attendu que l’OPEP se maintienne dans les clous de son accord, il ne devrait falloir que deux ans pour que le surplus soit drainé, ce qui devrait remettre les prix encore à la hausse, vers les prix qu’ils affichaient avant 2014. C’est donc l’occasion de faire un pari sur le long terme !

    Il ne faut pas non plus négliger un autre effet qui pourra participer à la hausse des prix : les entreprises qui se sont restructurées aux prix de lourds sacrifices pour s’adapter à la baisse devront faire l’effort inverse pour se réajuster, quand les surplus seront drainés et que la demande correspondra aux besoins en hausse. Le temps que les producteurs soient à même de répondre, l’effet mécanique d’une demande dépassant l’offre devrait faire hausser les prix au moyen terme, un moment pivot au sujet duquel il faudra rester vigilant afin d’en tirer avantage.

    Les exploitants, notamment aux USA, du pétrole de schiste vont bien sûr s’engouffrer dans la brèche ainsi créée, et cette concurrence pourrait nuire à la hausse des prix, mais leur capacité de production reste limitée, et le pétrole de schiste ne pourra à lui seul combler le gouffre entre une demande croissante et une production enfin régulée de l’or noir.

    Conclusion :

    Tout semble donc indiquer pour 2017 un retour du pétrole dans les valeurs où il fait bon investir : entre les décisions de l’OPEP, la bonne santé économique globale et des entreprises désormais à la mesure des défis à relever, les prix du pétrole devraient retourner à un plafond qui rende l’investissement attractif : la Banque Mondiale prévoit un baril à 55 dollars en 2017, mais certains analystes pensent qu’il est possible qu’il grimpe jusqu’à 130 euros.

    Il y a bien sûr des incertitudes et certains investisseurs restent dans une position de “wait and see”, en attendant que les remous créés par l’élection de Donald Trump aux USA s’apaisent et que la situation globale se clarifie autour de cette nouvelle donnée. Mais les investisseurs aux États-Unis sont eux-mêmes confiants dans l’avenir.

    Il faut aussi mentionner la possibilité, émise par certains, que ce revirement de l’OPEP ne servent qu’à masquer l’épuisement de leurs ressources : il s’agirait moins de réduire leur production que du fait que les pays membres ne peuvent plus inonder les marchés comme ils l’ont fait les années précédentes. Mais l’effet d’un simple point de vue boursier sera le même : le retour dans un avenir pas si lointain d’un baril à trois chiffres.

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